LA PROBLEMATIQUE
Au cycle 3, surtout dans les écoles
situées en Z.E.P. comme l'école de Paese Novu 2, l'une des difficultés rencontrée par
l'enseignant en expression écrite est la pauvreté de certaines productions (qu'elles soient libres
ou imposées). Pour expliquer ce fait, plusieurs facteurs sont à prendre en compte :
En partant de ce constat, l'enseignant doit trouver des solutions pour renverser la tendance. Une solution passe par le projet d'écriture qui est une activité motivante. A partir d'un thème de travail (l'écriture d'un conte, d'une histoire, une exposition, un journal scolaire), il fait appel à plusieurs apprentissages et compétences pour sa réalisation. (cf fiche annexe : "Le projet d'écriture")
Le journal scolaire fait donc partie du projet d'école depuis maintenant 3 ans. Son exploitation a permis
en plus d'utiliser les nouvelles technologies, micro-ordinateur et imprimante pour la mise en page, le multimédia
pour la recherche documentaire sur CD.ROM, et enfin Internet pour la recherche documentaire, l'information en temps
réel sur les sites d'agences de presse ou des quotidiens, l'échange d'articles avec d'autres classes,
et la publication en ligne des productions.
Définition du journal scolaire
Le journal scolaire est avant tout
un projet de l'adulte pour l'enfant, qui le place en situation authentique d'échange et de communication
et aboutit à l'appropriation de cet outil par l'enfant.
Pour que l'on puisse parler de journal scolaire, il doit ressembler aux "vrais" journaux, il paraîtra
assez régulièrement, son contenu dépendra du choix des élèves et de la cible
des lecteurs. Les articles seront variés.
Bref historique du journal scolaire.
L'école de l'Ermitage, en Belgique, dirigée par Ovide Decroly a publié en 1917 "L'écho
de l'Ecole", un bulletin contenant des textes d'enfants et des articles divers. Puis en 1925 ce bulletin prend
le nom de "Courrier de l'Ecole", il est fabriqué entièrement par les enfants.
C'est aussi en 1925, qu'en France, Célestin Freinet, propose à ses élèves d'écrire
et d'imprimer leurs textes pour les publier dans un journal. Freinet donne alors un statut pédagogique au
journal scolaire.
En 1953, l'Assemblée Nationale, reconnaît l'existence des journaux scolaires.
En 1970 naît l'APIJ (Association Presse Information Jeunesse) qui propose une charte de la presse à
l'école.
En 1983 le Centre de Liaison Enseignement Moyens d'Information est créé par le Ministre de l'Education
Nationale afin d'introduire "l'utilisation pluraliste des moyens d'information à l'école dans
toutes les disciplines et à tous les niveaux d'enseignement dans une perspective d'éducation à
la citoyenneté". Le CLEMI propose des programmes de formation et d'études pour les enseignants,
des échanges et des publications pédagogiques. Il organise notamment la semaine de la Presse à
l'école qui fête en 1999 sa dixième édition.
Les Instructions Officielles et le journal scolaire.
Si le journal scolaire est reconnu
officiellement depuis longtemps, il ne fait pas l'objet de textes particuliers dans les Instructions Officielles.
Cependant les programmes de l'école primaire font état de l'utilité de l'étude de la
presse, de la réalisation d'un journal à l'école.
"Le monde de l'écrit
est de plus en plus divers et les élèves y sont confrontés très tôt, hors de
l'école comme dans la classe. Il convient de les habituer rapidement à discerner ses multiples aspects
et fonctions pour mieux les identifier et accéder ainsi à leur compréhension."
"L'élève doit
pouvoir communiquer et s'exprimer dans des situations variées : élaboration d'un journal, correspondance."
Pourquoi réaliser un journal scolaire ?
Une des multiples réponses
est de placer l'enfant dans une situation authentique de communication. Il ne va plus seulement écrire pour
l'enseignant, pour ses parents, mais aussi pour les autres élèves, pour d'autres adultes. Il sait
que ces personnes vont pouvoir apprécier son travail, et plus seulement l'enseignant. Cette situation est
motivante, valorisante socialement et permet la construction de la personnalité de l'enfant.
L'élaboration du journal oblige l'enseignant à passer d'une pédagogie frontale à une
pédagogie qui implique l'enfant dans la conception du produit attendu, du début à la fin.
L'élève sait ce qu'il va faire, comment et pourquoi il le fait. Il "apprend en faisant".
Il utilise d'autres méthodes de travail : recherches personnelles, utilisation d'outils (dictionnaire, grille
de relecture, encyclopédies...), travail en équipe (confrontation et échanges).
Le projet
d'écriture d'un journal scolaire
permet une continuité des apprentissages : les apprentissages et la lecture au service de la production.
On peut citer comme exemple :
Quelques contraintes et limites.
Il faut avoir à l'esprit
que la mise en place et la réalisation d'un tel projet prend du temps, certaines récréations
devront être en partie sacrifiées afin de saisir les textes, de photocopier le journal ou bien de
rechercher des documents. Les enfants pourront aussi travailler à la maison (pour corriger les textes par
exemple). Mais ce n'est pas un temps perdu puisque l'élève est actif.
Au cours des 3 années passées à réaliser le journal, une limite est apparue, que ce
soit pour des textes libres ou imposés, la créativité et l'imagination des "journalistes
en herbe" s'essoufflent au bout de quelques temps. Freinet disait que le journal reflétait la richesse
ou les insuffisances du milieu social et familial des enfants. Or dans l'école les ressources livresques
et encyclopédiques de la BCD ne suffisaient plus à donner des pistes de travail. C'est pour cela
que dans un premier temps nous avons utilisé les encyclopédies sur CD-ROM, puis ensuite Internet.
Le Réseau nous a permis de traiter des articles d'actualité, de communiquer avec d'autres écoles,
en bref d'ouvrir la classe sur le Monde.
L'invention de l'imprimerie a ouvert
un espace public où régnaient les mots. Espace où se sont développées les idées
humanistes et l'élan démocratique. Espace qui a permis une alphabétisation des masses incarnée
en France par l'école républicaine.
Or avec Internet, la technique peut être étroitement mise au service de l'écrit. En effet les
messageries électroniques, les pages " web " ou les forums de discussions dans lesquels l'échange
passe par l'écrit nous incitent à croire que l'informatique est un moyen puissant pour réintroduire
l'usage de l'écrit.
La société de l'information demeure une société scripturaire. Les nouvelles technologies
prolongent les modes de communications : lecture et écriture à l'école, capacité à
trier des informations, à communiquer par écrit. La démocratisation d'Internet ne consiste
donc pas à apprendre au plus grand nombre à se servir d'un ordinateur, mais à apprendre à
tirer le meilleurs partis de son intelligence.
D'après Thierry Leterre professeur
agrégé à l'Institut d'études politiques de Paris (in Libération : démocratie
du savoir)
Qu'appelle-t-on nouvelles technologies de l'information et de la communication?
Sous le terme nouvelles technologies
de l'information et de la communication il faut comprendre toutes les technologies assez récentes qui permettent
à chacun de recevoir et d'envoyer sous forme électronique des informations ou de communiquer. Le
réseau du Minitel a été utilisé pour la correspondance entre classes, ainsi que le
fax, mais ces moyens n'étaient pas très conviviaux. Avec l'apparition des micro-ordinateurs multimédia
connectés au réseau Internet, la communication et les échanges entre les personnes ont pu
véritablement commencer à grande échelle.
Historique du réseau Internet.
Internet est le fruit d'une part
d'une expérimentation du Département de la Défense américain pour répartir,
sur plusieurs ordinateurs communiquant entre eux, des informations sensibles par crainte d'une attaque nucléaire
de l'Union Soviétique, d'autre part de la volonté de scientifiques de plusieurs universités
américaines de communiquer aisément entre eux. Ainsi le premier réseau "civil" d'ordinateurs,
dénommé ARPANET, est né dans la nuit du 21 novembre 1969, reliant entre elles les universités
d'UCLA et Stanford. En 1972, une cinquantaine d'universités et de centres de recherches militaires étaient
reliés.
L'intérêt de ce système de communication réside surtout , pour la partie matérielle,
dans le fait que des messages peuvent être transmis, même en cas de panne ou de surcharge d'un ou plusieurs
ordinateurs du réseau ; pour la partie logique, c'est grâce à un langage commun à tous
les ordinateurs, TCP/IP, devenu la norme en 1983, que l'ensemble des ordinateurs (individuels ou en réseau,
mini ou micro-ordinateurs, sous Unix, Linux, OS/2, MacOS ou Windows…) peuvent indifféremment communiquer
entre eux.
Les communications sur l'Internet empruntent indistinctement tout support de communication : fil de cuivre, fibre
optique, liaisons hertziennes ou satellitaires… Aussi, pour parvenir à destination, un message n'est pas
tenu d'emprunter un chemin prédéfini : grâce à un réseau de boitiers électroniques
dénommés "routeurs", les paquets composant un message sont dirigés vers le chemin
le plus rapide.
Cependant ARPANET seul ne s'est pas développé démesurément jusqu'à atteindre
les dizaines de millions d'ordinateurs reliés aujourd'hui par l'Internet : C'est un ensemble de réseaux
de ce type, comme ceux de la National Science Foundation, de l'Institut National de la Recherche en Informatique
Appliquée…, mais aussi d'ordinateurs individuels qui, progressivement, se sont reliés ensemble pour
constituer ce qui est aujourd'hui Internet.
Les Instructions officielles et l'informatique.
L'arrêté du 22 février
1995 portant sur les programmes pour chacun des cycles de l'école primaire cite l'informatique au niveau
du cycle d'approfondissement à l'occasion du chapitre "sciences et technologies". Il indique "quelques
utilisations de l'informatique à l'école et dans l'environnement quotidien", ainsi que "l'utilisation
raisonnée d'un ordinateur et de quelques logiciels (traitement de texte, tableur et logiciels spécifiques
à l'école primaire) dans le cadre de l'enseignement des champs disciplinaires "approche des
principales fonctions des micro-ordinateurs (mémorisation, traitement de l'information, communication)".
Dans le B.O.E.N. n°10 du 7 mars 1996, le ministère s'est résolument engagé dans la démarche
des "autoroutes de l'information" dans le prolongement des actions mises en place pour favoriser les
usages pédagogiques des technologies nouvelles dans l'enseignement. […] L'utilisation du réseau Internet
est un moyen d'enrichir les enseignements disciplinaires, d'initier les élèves aux nouvelles technologies
de l'information et de la communication (N.T.I.C.) en favorisant leur autonomie, et d'ouvrir l'école sur
l'extérieur. […]
Enfin Monsieur le Ministre de l'Education nationale, de la Recherche et de la Technologie et Madame la Ministre
déléguée de l'Enseignement scolaire, au cours de la conférence de presse du 17 novembre
1997, ont défini un cadre politique pour la mise en place des nouvelles technologies (de l'école
à l'université), sur 3 ans. Les objectifs d'intégration peuvent être atteints à
condition que les nouvelles technologies de l'information et de la communication soient partie intégrante
de toute démarche pédagogique.
Pourquoi utiliser les nouvelles technologies?
Célestin Freinet préconisait
en son temps d'utiliser l'imprimerie afin de pouvoir sortir un journal de qualité. De nos jours le micro-ordinateur
s'est imposé comme l'outil idéal de mise en page et de publication. Avec l'arrivée du multimédia,
l'utilisation de l'informatique a été possible dans pratiquement toutes les disciplines. Le son et
l'image ont eu un rôle renforcé dans les apprentissages (langue, arts plastiques, géographie,
histoire...)
Enfin, au-delà des ordinateurs posés sur nos bureaux, l'apparition des outils de communication numérique
au travers des réseaux donne un nouveau visage à l'utilisation des nouvelles technologies. Apportant
de nouvelles méthodes de travail, de nouveaux type d'accès aux ressources, ajoutant la communication
active à la simple information, le partage et la mutualisation des connaissances au travail individuel.
A ce niveau d'utilisation des N.T.I.C. on pourra parler de "nouvelles technologies éducatives".
Ces nouvelles technologies et surtout Internet ont donné un nouvel élan au journal scolaire. L'ordinateur
est devenu une source d'informations, les élèves ont consulté les encyclopédies et
atlas pour compléter leurs articles, ils ont recherché sur Internet d'autres informations sur divers
sujets. Ils ont aussi relevé les dépêches de l'AFP, pour pouvoir suivre l'actualité
et visité les sites des journaux. La mise en ligne des articles a été faite sur le site de
l'école : http://www.multimania.com/pn2.
Au cours de l'utilisation des NTIC
pour l'élaboration des articles du journal, les élèves ont été confrontés
à des problèmes de 2 types:
L'utilisation d'un navigateur et
des liens hypertextes : la notion
d'hypertexte a été vue avec l'utilisation des encyclopédies sur CD-ROM, mais l'encyclopédie
est un lieu relativement fermé, les liens sont internes et ne mènent qu'à une autre information
de l'encyclopédie (vidéo, son, ou texte). Sur Internet il n'en est pas de même. Les liens peuvent
mener n'importe où, on peut facilement perdre le fil de ce que l'on recherche (phénomène du
zapping). Il convient donc de préparer les enfants à cette nouvelle manière de lire.
On passe d'une lecture à l'horizontale (feuille, livre) à une lecture verticale, beaucoup
moins pratique pour un travail de lecture approfondie d'un document. Le tirage sur papier s'est révélé
nécessaire.
La difficulté de trouver des
informations pertinentes sur la
toile : l'utilisation des moteurs de recherche nécessite l'emploi de mots-clés ou de phrases précises.
Un travail a été fait avec les élèves pour choisir les mots ou les phrases susceptibles
de donner les meilleurs résultats.
La création de pages web n'est pas à la portée des élèves,
l'enseignant doit se charger de ce travail.
L'aspect financier du projet n'est pas à négliger : les coûts de
communication sont assez élevés, un financement complémentaire est nécessaire.
Des problèmes de gestion du
temps et des élèves :
avec un seul poste, il est difficile d'envoyer tous les élèves effectuer des recherches. C'est le
principal problème pour l'enseignant car cela remet en cause la manière classique d'enseigner. Comme
le souligne G. Pouzard, dans le rapport officiel de IGEN sur l'utilisation du multimédia dans les enseignements
: "On se demande trop rarement
si l'organisation de la classe dans sa forme classique est la forme la plus adaptée pour un rendement optimal
de l'utilisation par les élèves des outils multimédia. [...] Les exemples observés
montrent en effet que les meilleurs réalisations sont issues de pratiques pédagogiques dans lesquelles
l'utilisation du temps est souple [...]."
La pratique de classe, pendant les moments où les élèves
travaillaient sur le journal, a été modifiée, les séances ont duré un peu plus
longtemps, le temps de la récréation a été souvent utilisé. Souvent les élèves
ont travaillé en ateliers, certains effectuaient des recherches au cours de la journée, pendant que
d'autres terminaient des exercices dans d'autres matières.
Les sites sont-ils tous visibles par les
élèves? C'est encore
une question primordiale pour les enseignants, à laquelle il faudra impérativement une réponse
: quelle soit technique (aspiration des sites en amont, moteur de recherche vérifiant le contenu des pages,
visite des sites par l'enseignant ou un autre adulte), ou bien institutionnelle, en France une loi puni les propos
ou écrits racistes, pédophiles ou autres. Mais pour les autres pays ce n'est pas souvent le cas,
aux Etats-Unis le premier amendement garantie une totale liberté de parole et d'écrit. Pour le moment
la plus grande vigilance est nécessaire de la part de l'enseignant.
Ce que l'on trouve est-il vrai? Peut-on
faire confiance ? On entend souvent
dire " sur Internet on trouve tout et n'importe quoi " mais Internet montre ce que l'on ne voyait pas
et rend accessible ce qui ne l'était pas. En particulier des sites d'informations auxquelles seuls les journalistes
avaient accès. On trouve les dépêches de l'AFP ou celles de Reuters. Alain Simeray, rédacteur
en chef de LMB Actu, a écrit à ce propos dans un article de Libération : "[...]Si l'information
devient accessible, elle est souvent dispersée, provenant d'agences de presse, elle est brève, incomplète.
Une information complète suppose une recherche approfondie. Mais cette information reste brute, il faut
qualifier la provenance, la croiser avec d'autres sources, trier, synthétiser, critiquer et commenter. Les
utilisateurs qui iront à la pêche à l'information sentiront la difficulté de trouver
la bonne information et apprécieront le travail réalisé par les journalistes." Certaines
séances sont donc prévues pour que l'enfant acquiert et garde toujours un sens critique vis à
vis des documents qu'il a sous les yeux.
Malgré ces problèmes l'apport des NTIC est indéniable. Les élèves se sont sentis
plus responsables de la qualité de leur travail. Les élèves en difficulté ont été
les premiers à vouloir écrire des articles, et surtout à faire de la recherche sur Internet
ou sur encyclopédie.
Une réflexion sur la mise en place des NTIC à l'école est désormais nécessaire
au sein des équipes pédagogiques afin de rechercher les utilisations possibles des NTIC dans toutes
les matières par le biais de projets.